samedi, 19 mai 2012

Lettres entre nous (81)

Julien,

Dimanche 18 mars 1928

 

Lior et Julien, 1914, 1918, 1922, guerre, paris, séminaire, juif, florence, Nîmes, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Yaâqov

 

Lior,

 

Oui j’ai reçu ta lettre, cette lettre où tout tourne autour de toi, il n’y a que toi dans cette lettre, à peine tu penses à ce que je suis en train de vivre et aussitôt tu repasses à toi. Tu ne parles que de toi, tout tourne autour de ta petite personne.


Tu te dis tristement esseulé alors que tu as la compagnie de ton « Edmond »… ça te fait quoi de lire ça : ton « Edmond » ? J’ose espérer que ce cela te fait aussi mal que ce que tu m’as dit concernant ce guichetier dont je ne connais même pas le prénom, moi ! Passe bien du temps avec ton « Edmond », parle de ton célibat, parle de ta boutique dans laquelle tu as mis un employé… moi !


J’imagine à quel niveau tu m’as relégué… un simple employé, peut être pas même un ami, juste une connaissance, avec un peu de chance, et encore ! Lui as-tu parlé de tes conquêtes féminines éventuellement, on peut facilement l’imaginer !


Encore heureux que tu reconnaisses tes torts, seulement voilà, personnellement, je ne reconnais pas les miens, à moins que ce soit de ne pas être prêt dans l’immédiat à te pardonner et peut être pas non plus à te revoir pour le moment ! J’ai besoin de temps, beaucoup de temps, d’autant que pour le moment, je vis très mal ce procès où, même si je ne suis cité qu’en qualité de témoin d’un procès déjà jugé et pour lequel Jean a été condamné, je dois quand même parler de ma vie, plus qu’intime devant un public parisien qui est susceptible d’être un jour de nos clients, s’ils ne le sont pas déjà. Je suis couvert de honte, je le vis mal, je rentre le soir en longeant les murs et je pleure une partie de la nuit.


Voilà, moi aussi je vais parler de moi comme tu sais si bien le faire dans ton courrier. Je suis blessé par celui que j’aime, blessé aussi par celui que j’ai cru aimer un jour et qui m’a violé, m’a laissé pour mort.


Le matin je suis présent à ta boutique jusqu’à 9h00 environ puis j’ouvre la mienne jusqu’à midi. Simon passe alors me remplacer et Yaâqov me remplace vers 10h00 dans ta boutique, Marie est seule pendant une heure. Ils sont là pour aider, pas des employés, je ne peux pas leur demander d’être ponctuels. Je ne peux pas non plus demander à chacun d’être présent ou tous les jours ou après l’heure, et l’après midi, si personne n’est disponible, je ferme la librairie et Marie assure jusqu’à son heure de départ le soir ! Quand je peux, je reviens après le tribunal pour faire les comptes, je tiens à ce qu’ils soient à jour si jamais… enfin, je ne veux pas imaginer ça !


Yaâqov est très distant, il sait que je ne vais plus te rendre visite, je n’ai pas revu Jürgen depuis leur arrivée, c’est-à-dire après mon retour de Berck le samedi soir au lieu de dimanche ! Je sais par Simon qu’il passe son temps à la boutique mais repart dans l’après midi, je pense qu’il est gêné par la situation ! Il n’a peut être pas envie de prendre partie et de se trouver entre Yaâqov et moi si nous avions des mots à ce sujet !


Tu dois avoir eu quelques nouvelles occupations ces derniers temps, tu as pu compter les flocons de neige tomber sur la région, d’après le journal vous en aviez 25 centimètres, ça permet au soleil de bien rayonner sur le blanc. Tu vas peut être enfin guérir plus vite en compagnie de ton « Edmond ».


Julien,

vendredi, 18 mai 2012

Lettres entre nous (80)

Lior,

Jeudi 8 mars 1928

 

 

Lior et Julien, 1914, 1918, 1922, guerre, paris, séminaire, juif, florence, Nîmes, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Yaâqov

 

 

Julien,

 

Bientôt un mois que j’ai ta lettre avec moi et que je la relis, tu t’en doutes, je connais presque les mots par cœur !


Trop fier pour te répondre, trop blessé aussi par ce que j’ai lu, mais surtout par ce que je t’ai dit ! Je reconnais mes torts c’est vrai. Tu as su garder le silence depuis ce 11 février et te connaissant, j’imagine que ça ne devait pas être facile, rassure toi, pour moi non plus ! A plusieurs reprises j’ai pris un papier et la plume et je n’ai jamais été capable d’écrire ne serait-ce que la date ! Trop fier. Mais j’ai besoin de toi, besoin de te voir.


8 mars, je sais que le procès a commencé maintenant depuis trois jours. Que j’aimerais être prêt de toi, tu vois, je t’aime toujours autant, je suis un idiot, idiot d’avoir pu penser que tu aurais pu regarder un autre que moi, combien même tu l’aurais regardé, ça aurait changé quoi, tu n’as rien fait en l’espace d’un renseignement demandé, et puis même ! Je me rappelle que tu me disais d’aller ailleurs si j’en éprouvais le besoin, ce que j’ai refusé, alors comment puis-je douter ?


Comment se passe ce procès ? Que se passe t-il vraiment ? J’espère que ce n’est pas trop éprouvant ! Ici les journées se passent tristement, je suis seul et sans visite, les journées sont longues ! Terriblement longues !


A peine levé, les soins commencent et l’on va s’allonger à longueur de temps aux rayons du soleil derrière les grandes baies vitrées, et l’on attend là que le temps passe à regarder la mer et ses vagues qui n’en finissent pas de s’échouer ! Puis c’est l’auscultation, le repas puis le retour en chambre et tous les jours comme cela. Le temps passe tout doucement à ne rien faire ! On essaie de se faire des amis, mais ce n’est pas toujours simple, beaucoup parlent de leurs épouses, leurs petites amies, il est délicat de ne rien dire, alors je brode ! Je dis que je suis célibataire, je ne mens pas, mais je ne dis pas non plus la vérité, je ne dois pas être le seul, un autre homme parle de la même manière, ça nous a un peu rapproché sans que pour autant nous nous soyons dévoilés. Nous restons chacun sur nos positions, il s’appelle Edmond, il est originaire du département, il a plus de visites, sa famille, ses parents et sa sœur, un de ses frères vient le voir aussi et un ami qui semble être très proche. Ils restent longtemps ensemble dans la pièce commune au soleil. Ils se serrent la main en se disant au revoir droit dans les yeux, mais ça sonne faux.


Moi, j’attends, je griffonne sur du papier, j’essaie de lire quelques livres et journaux que nous avons assez régulièrement. Pas vraiment envie, une envie de lire mais je ne suis pas plongé dans les romans, je n’arrive pas à avancer ! Je reste là à regarder la mer ! Et elle, elle est là, tous les jours, mais elle ne bouge pas de place, tous les matins elle est là, à me rendre cette éternelle visite qui n’aboutit à aucun échange. Parfois j’ai la change de voir un navire, de pêche ou de voyageurs.


Je n’ai plus beaucoup de choses à te dire sinon que mon moral étant plus bas que terre, il semblerait que la maladie ne progresse pas trop mais ne régresse surtout pas ce qui n’est pas vraiment une bonne chose !


Pardonne-moi !

Lior.

jeudi, 17 mai 2012

Malade

Malade

grippe, bronchite, malade, couché, lit, fièvre

Très grosse bronchite

et excusez du peu, du sang quand je tousse...

Je passe les journées au lit, c'est pour dire comme ça ne va pas !

Je reviendrai vous voir dès que ça ira mieux !

Jj

Lettres entre nous (79)

Julien,

Samedi 11 février 1928

 

Lior et Julien, 1914, 1918, 1922, guerre, paris, séminaire, juif, florence, Nîmes, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Yaâqov

 

Lior,

 

 

Dans ma lettre, que tu as reçue semble t-il, je t’avais dit que je rentrerai dimanche avec le dernier train pour passer plus de temps avec toi, mais je suis parti aujourd’hui même par ta faute ! C’est vrai que tu vas mieux, et jamais, tu entends, jamais, tu ne m’as traité de cette façon ! Je suis vraiment déçu, effondré même. Je dépose cette lettre à l’accueil du sanatorium avant de reprendre le train ce soir à 21h30 sans même venir te voir et te la remettre en mains propres.


Comment peux tu imaginer tout ce que tu m’as dit aujourd’hui quand j’étais auprès de toi, je n’en reviens pas ? Je suis venu te voir tous les jours à l’hôpital et maintenant que tu es à 180 km de Paris, je fais mon possible pour venir te rendre visite aussi rapidement que je le peux !


Tu me reproches des futilités, tu es acerbe ! Tu analyses une phrase dans ma lettre pour laquelle je n’ai prêté aucune importance et qui semble être à tes yeux une tromperie ! J’ose espérer que tu as de la fièvre, que c’est la maladie qui te rend si méchant ! Le mot n’est pas trop fort, tu m’as vraiment blessé.


Si le guichetier de la gare était aimable et fort agréable, ce n’était que pour dire qu’il m’a bien renseigné et qu’il avait pu trouver rapidement une réponse à ma demande. Tu vois là dedans une possibilité pour moi de profiter de l’occasion de ton hospitalisation pour butiner avec une autre personne ! Tu es odieux ! Comment peux-tu en arriver à oser imaginer une telle situation, une telle possibilité ? Ne pourrais-je à mon tour penser la même chose des infirmiers qui te soignent, l’idée ne m’a même pas effleurée !


J’espère, te rendras-tu compte au fil du temps et en relisant cette lettre, puisque tu me dis toujours relire mes lettres plus d’une fois, que je ne suis pas celui que tu penses. Ai-je seulement une seule fois pensé que tu avais pu faire la même chose quand j’étais éloigné de toi, jamais ? J’ai toujours eu une confiance aveugle en toi, je peux de ce fait maintenant, et légitimement me poser cette question, as-tu toujours été fidèle comme tu le laissais supposer si de ton côté tu doutes de moi, c’est que cette possibilité t’es offerte plus d’une fois ?


Je vais te laisser réfléchir, je ne reviendrais pas te voir tant que dans tes lignes je ne lirai pas les mots que j’attends !


Je vais faire en sorte que ta boutique tourne et si par malheur, tu ne reviens pas sur tes paroles, je t’assure, Lior, que je vends ma boutique et je m’en vais ! Ce manque de confiance pour une phrase si anodine ne peut que montrer de ta part un doute, un manque de confiance en moi que je ne saurais supporter !


On dit toujours que dans un couple il y en a un qui aime plus que l’autre, je crois que j’ai trouvé ma place en effet !


Soigne-toi, c’est certainement plus important que t’occuper des choses que je ne fais pas !


Julien,

mercredi, 16 mai 2012

Pourquoi ?

Pourquoi a t-on un nom et un prénom ?


 

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Avant que chacun d'entre nous soit affublé d'un nom et d'un prénom, les individus portaient un prénom suivi de "fille ou fils de" et le prénom de leur père comme par exemple Marc fils de Jean.


Pourtant, à l'époque romaine, chacun avait un prénom, un nom et un surnom comme par exemple Caius Julius Caesar, plus connu sous le nom de Jules César.


Ce n'est qu'au Moyen Âge qu'un signe plus distinctif fut ajouté dans le but d'identifier chaque personne car il pouvait y avoir plusieurs Marc fils de Jean.


Dorénavant, chacun porterait un prénom suivi d'un surnom comme l'endroit où il habite (Richard de la rivière), son métier (Richard le teinturier), un détail physique (Richard le grand), un trait de caractère (Richard coeur de lion)...


Ce surnom restait ensuite propre à la famille et les enfants en héritaient à la naissance.


Toute se bouscula lorsque François 1er en 1539 demanda à l'église de tenir à jour les registres de naissance. L'église s'en chargea mais obligea les parents à donner le prénom d'un saint au bébé.


Dès lors, chaque enfant fut enregistré avec un prénom suivi d'un surnom de sa famille qui, au fil des années est devenu un nom de famille.


Ils l'ont dit !

Ils l'ont dit !

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Un ami, c'est quelqu'un qui vous connaît bien

et qui vous aime quand même !

Hervé Lauwik

08:00 Écrit par jj-tryskel dans Amour, Animaux, Citations, Etrange, Hommes, Humour, Méditation, Pensée, Photo | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer |

Lettres entre nous (78)

Julien,

Samedi 4 février 1928

 

Lior et Julien, 1914, 1918, 1922, guerre, paris, séminaire, juif, florence, Nîmes, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Yaâqov

 

Mon cher amour,

 

Tu es arrivé maintenant à Berck, en fait, tu es parti ce midi de l’hôpital, j’étais avec toi, le cœur serré parce que sincèrement je ne sais pas encore quand je vais pouvoir venir te voir. Il me faut trouver la possibilité de joindre Berck depuis Paris, il y a quand même 180 kilomètres que je ne sais encore comment parcourir, j’imagine en train, mais encore faut-il que je trouve une ligne qui ne me prenne pas la journée entière pour réduire d’autant plus nos possibilités de rester ensemble ! C’est là que je regrette de ne pas avoir le permis de conduire, parfois je me sens stupide, depuis le temps que tu me dis de le passer !


Je viens de rentrer chez nous et déjà tu me manques ; je ne peux pas dire que tu ne me manquais pas quand tu étais à l’hôpital, non, mais tu étais dans la même ville, là tu es loin ! Ce n’est déjà plus pareil, quand je regarde par la fenêtre, je sais que toi, là où tu es, tu ne vois déjà plus le même ciel que moi et ça, ça m’apporte des larmes dans les yeux.


C’est quand nous sommes loin l’un de l’autre que l’on s’aperçoit combien l’autre nous manque, combien nous l’aimons, combien nous avons envie de le retrouver !


Dès demain matin j’irai à la gare me renseigner sur les possibilités de transport pour aller te voir le plus tôt possible ! Je ne dis pas que je serai là dès demain, encore moins dans la semaine, mais je vais essayer d’être là la prochaine fin de semaine quitte à prendre une chambre d’hôtel pour pouvoir rester une journée de plus en ta compagnie.


J’espère que tu auras l’occasion de te faire quelques amis, profite de l’opportunité pour te familiariser avec quelques autres malades, vous devez vous ennuyer à 100 sous de l’heure !


Comme je te l’ai expliqué ce matin, à partir du 5 mars ce sera déjà plus difficile pour moi, j’espère que le procès ne durera pas éternellement car je dois malheureusement être présent. Il se trouve que je n’aurais que les fins de semaines pour faire les comptes et passer les commandes à moins que mon neveu Simon aidé de ton cousin et son ami puissent vraiment assurer nos remplacements ce que j’espère vraiment. Il me faudra quand même assurer au moins une fin de semaine avec eux pour voir comment ils s’en sortent !


Simon arrive lundi prochain dans la journée, je vais l’installer dans ma chambre, enfin celle qui était mienne avant que … quant à Yaâqov et Jürgen, ils iront au 30, ils seront plus tranquilles et Simon aussi. Je ne connais pas suffisamment mon neveu pour lui imposer la présence de ton cousin et son ami. Je suis persuadé que cela se passerait bien, d’autant qu’il y a deux étages, mais Simon ne connaît pas Yaâqov… c’est peut être plus simple comme ça. Je ne sais pas, et puis les garçons parleront certainement en allemand, Simon ne le comprend pas, enfin je verrai quand ils seront là tous les trois !


Le fait que maintenant tu sois au grand air, face à la mer, d’après ce que le médecin a dit, me fait penser que tu vas guérir vite. J’espère que tu feras le maximum pour que ce soit le cas ! Par contre le Pas de Calais doit être froid.


Demain, au retour de la gare, je t’écrirai à nouveau pour te dire ce qu’il en est de la possibilité de transport.


 

Dimanche 5 février 1928

 

Lior et Julien, 1914, 1918, 1922, guerre, paris, séminaire, juif, florence, Nîmes, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Yaâqov

 

Mon cher Lior,

 

Voilà, je suis de retour de la gare, je suis tombé sur un jeune monsieur bien charmant qui m’a parfaitement renseigné ! Je dois prendre la ligne en direction d’Amiens puis ensuite je change de train pour aller sur Calais. Heureusement pour moi, le train fait un arrêt à Berck ce qui tombe bien ! Je viendrai probablement le samedi 11 au moins pour voir comment s’organise le voyage pour la première fois, je vais voir avec Simon et ton cousin s’ils sont d’accord pour rester le samedi soir à l’hôtel et ne me voir revenir que le dimanche soir avec le dernier train !


J’espère que tu te fais à ta nouvelle chambre, je ne sais pas si tu as beaucoup de personnes à côté de toi, j’image que ce doit être des grandes salles comme on en voit beaucoup encore. Dans l’hôpital à Paris tu avais quand même cette chance d’avoir une chambre avec peu de monde, quatre lits, ce qui est quand même beaucoup plus agréable !


Je te laisse et t’embrasse tendrement ! Je ne sais pas le temps que mettra le courrier au début, et une fois que nous serons bien habitués aux échanges et à la durée nous pourrons prendre la vitesse de croisière dans le courrier en fonction de la réception des nouvelles de chacun de nous !


A samedi,

Julien,