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jeudi, 27 septembre 2012

J'ai tué mon gosse !

J'ai tué mon gosse !

Lettre d'un père après le suicide de son fils homosexuel
podcast

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J'ai tué mon gosse ! Comment me racheter ? Et encore...


S'il y a une vie après, je doute qu'il puisse me pardonner.


Maxime aimait les garçons, oui ! Mais, il aimait, et c'est tout


Oui, c'est dur à dire...


Je pourrais dire que je ne suis pas fier de moi,


que j'ai honte, que je ne suis pas bien dans ma peau...


Je ne vois qu'une chose à dire !


J'ai mal, affreusement mal !


Je pleure chaque jour depuis l'été dernier, je pleure encore à cet instant


et je continuerai tant que mon corps pourra m'aider à pleurer.


J'ai détruit ce que j'avais de plus précieux, j'ai anéanti ma famille...


J'ai ôté la vie de mon fils à cause de ma connerie,


et si je n'avais encore quelque espoir de retrouver la paix,


je serais prêt à aller le rejoindre.


Ce n'est pas encore exclu...


Je m'appelle Eddy.


J'avais le bonheur d'avoir une petite famille merveilleuse.


Une femme adorable (qui me hait aujourd'hui !),


deux filles délicieuses et un petit mec...


LE fils parfait...


Mon garçon faisait beaucoup de sport, trop peut-être.


À 16 ans, il avait tout ce qu'il fallait pour tomber toutes les filles du quartier.


Je me voyais déjà batailler pour calmer les notes de téléphone,


les scooters devant la maison.


J'ai été con, aveugle, le dernier des imbéciles...


Oui, j'ai vu des engins !


Oui, j'ai gueulé parce qu'ils faisaient un peu de bruit en rentrant...


Je ne voyais que les copains de mon gamin qui pétaradaient discrètement...


Je n'avais pas remarqué qu'ils faisaient tout, au contraire, pour être discrets,


pour ne pas réveiller la maisonnée...


Je n'avais pas vu, pas fait attention à ce moment,


que mon petit bonhomme et celui qui le raccompagnait


faisaient tout pour faire le moins de bruit possible...


J'étais enfermé dans ma bulle de gros blaireau borné


et je ne me suis pas intéressé à sa vie...


J'ai attendu, comme le père standard,


qu'il me parle de ses copines, qu'il m'émoustille de ses petites histoires...


Mais rien !


Mon gamin a eu 17 ans, puis 18, mais jamais de confidences,


jamais de complicité avec son père qui l'adorait...


Jamais, il ne m'a fait partager les instants privilégiés de sa vie.


Mais c'est ma faute !


Je ne lui ai jamais demandé.


Je n'ai jamais posé la moindre question sauf balancer


de temps à autre une allusion que je découvre maintenant


comme complètement stupide.


Pour son bac, en juin, je voulais lui payer son permis.


Il n'a pas voulu.


Il m'a simplement dit qu'il se le paierait avec son job d'été.


Puis un soir de juillet, il faisait terriblement chaud.


Il était près de 2 heures du mat, je m'en souviens,


j'étais dehors à fumer ma clope.


Ma femme nous a toujours interdit à mon gamin et à moi


de fumer dans la maison.


Je sais que mes filles fument, mais c'est en cachette !


Je venais d'écraser mon mégot, je profitais d'un dernier


moment de la douceur du soir.


Les scooters sont arrivés.


J'étais dans le noir mais je ne cherchais pas à espionner.


Mon gosse a garé son scoot devant la porte de la remise.


Celui qui le suivait a éteint le sien aussitôt.


Je me préparais à aller les trouver, leur proposer une bière, une cigarette...


Mais j'ai vu !


J'ai vu ce que je n'aurais jamais du voir !


Pas comme ça !


Pourquoi je n'ai pas fait de bruit ?


Pourquoi je ne me suis pas manifesté pour indiquer ma présence ???


Non !


J'ai fermé ma gueule, je suis resté dans l'ombre et j'ai vu !


Mon bébé, mon petit garçon était en train de se bécoter avec un mec.


Mon fils embrassait un garçon presque sous les fenêtres de ses parents !!!


Et moi, gros connard, je me suis le de mon siège,


j'ai poussé ma gueulante et j'ai viré l'autre.


J'ai hurlé sur mon gamin, sans même m'apercevoir qu'il pleurait.


Le cendrier est passé à quelques centimètres de sa tête.


Pour gueuler, oh oui, j'ai gueulé...


Je n'ose même pas répéter les mots que j'ai utilisés.


Pédé, tantouse, tapette, tout mon vocabulaire y est passé.


Je n'en avais rien à foutre des voisins.


J'ai braillé comme un âne.


Et, pendant tout le temps que je criais sur lui, mon gosse pleurait...


Il a simplement dit « papa, laisse moi t'expliquer... ».


« Y a rien à expliquer, j'ai compris »


C'est tout ce que j'ai eu à lui répondre...


J'avais rien compris !


Je n'ai pas vu que mon gosse était différent de moi,


différent de ma conception de la famille...


Je n'ai pas voulu en reparler le lendemain.


Pour moi, ma famille devrait se contenter de deux filles, point barre.


Je me suis dit qu'il allait changer.


Mais que pour l'heure, je n'avais plus de fils en attendant


qu'il revienne dans le droit chemin.


Pourtant, je n'y croyais pas, et je lui ai dit.


Je lui tout simplement dit que je ne voulais pas d'un fils pédé


( c'est le mot que j'ai utilisé )


et qu'après l'été, il allait bosser et se prendre un appartement en ville.


Là encore je n'ai pas vu qu'il pleurait.


Si !


J'ai vu !


Mais j'ai pas voulu !


Il a pris son scooter et il est parti.


Maxime n'est pas revenu.


La gendarmerie a téléphoné.


On devait venir à l'hôpital.


Il avait voulu faire l'avion avec son scooter du haut du pont.


Le gendarme m'a simplement dit qu'il avait pris le soin de poser


son casque sur la chaussée avant de prendre son élan...


Je suis le dernier des salauds.


J'essaie de tenir depuis cet été, mais c'est dur.


J'ai mal, très mal.


Là encore, en confiant mon chagrin sur cet écran,


j'ai à nouveau l'envie de me foutre en l'air.


J'ai la chance d'avoir deux filles qui m'aident.


Ma femme me hait depuis cette horrible journée.


Je la comprends, je me hais moi-même...


Comment puis-je demander pardon à mon gamin ?


Je l'ai tué, il n'y a rien de plus à dire.


Sauf de le rejoindre, je ne sais comment .


Pardon mille fois mon garçon, mon cœur est en miettes


mais rien ne peut réparer mon imbécillité.


A tous ces garçons qui se tournent vers d'autres garçons,


je ne voudrais dire qu'une chose : ne laissez pas votre père


en dehors de votre vie.


Parlez dès que vous vous en sentez la force !


Et, dernier point : regardez-le en face... Toujours !


Que ne voudrais-je maintenant pouvoir parler ?

Commentaires

Merci Jj pour cette belle lettre d' un père en détresse , ha je connais cette peine et ce dénie car dans ma famille cela est arrivé mais heureusement après les pleurs est venu le statut quo et petit à petit les choses ont repris leur place et l' enfant avec , hooooo ce n' est pas de gaité de cœur mais c' est de l' amour et par amour on pardonne beaucoup de chose ... Même si l' on ne comprend pas on doit l' accepter .. par AMOUR ...

Bonne journée à toi cher Jj , enfin nous sommes installés et bien installés dans notre nouvelle maison et surtout nous nous y sentons bien , après l' effort le réconfort ha ha ha ...

Gros bisous marseillais à bientôt , j' essaie de reprendre tout doucement le rythme des commentaires .
Renée (mamiekéké).

Écrit par : mamiekeke | jeudi, 27 septembre 2012

Bonjour Renée,

bien content de te voir de retour avant que je m'absente à mon tour pour hospitalisation !

Installe toi bien chez toi, c'est le meilleur moment...

Gros bisous

Jj

Écrit par : Jj | jeudi, 27 septembre 2012

Bonjour Jj,
peut être l'ai-je déjà vu chez toi, avant,c'est fort, magnifique, et dure..il est bien tard parfois pour comprendre et accepter.
Bonne journée.
Biszes

Écrit par : covix | jeudi, 27 septembre 2012

Non, je ne pense pas, je l'ai découverte hier en cherchant sur le Net, j'ai terriblement aimé parce qu'elle me rappelle bien des souvenirs, même si je ne suis pas passé par là, je pense que je n'en étais pas loin et parfois, j'y suis encore très proche.
Bonne journée,
Bises à toi !
Jj

Écrit par : Jj | jeudi, 27 septembre 2012

J'arrive juste après Renée...cette lettre ne peut en rien nous laisser indifférent(e)s ! Ce père a tué par des mots; mais il y a aussi le cas où RIEN n'est dit & est-ce pire ? Je me pose la question très souvent; une mère qui fait l'autruche depuis des années, un père "taiseux" voire "odieux" "aveugle" qui un jour va mourir sans savoir la vérité ...est-ce mieux ? Deux fils homosexuels dans une même famille, il y a de quoi s'interroger ? Hurler au grand jour; dire la vérité ...à quoi bon il est trop tard !
Aussi, je ne jette pas la pierre, je ne juge pas ce père, car cette lettre est criante de vérité, et un fils est fragile par rapport à un père; mais ce père là était présent ! L'image du père est déterminante, son rôle peut dérapé et le drame, prolongera le père dans une situation irréversible.

Bon, sur ce que ton hospitalisation se passe au mieux, quelque soit le motif .

Écrit par : Michèle | jeudi, 27 septembre 2012

Michèle,
Sur les quatre garçons que nous étions dans la famille, nous sommes deux homosexuels, les deux du milieu.

J'ai tout fait pour aider mon père dans ses dernières années, le plus proche aussi, jusqu'à son dernier souffle.

Il disait que je l'avais sauvé lors de sa maladie, que je l'avais fait renaître de cette mort annoncée trois ans plus tôt, un sursit...

Quand il est décédé, mon jeune frère a récupéré son portefeuille, en souvenirs, qu'il a placé chez lui dans une armoire et qu'il n'a plus touché. A son décès à lui, quelques mois après, une mort foudroyante alors qu'il avait 30 ans, sa veuve m'a remis ce portefeuille.

J'y ai vu nombre de photos de la famille, mon frère aîné, mort lui aussi quelques temps après, ses enfants, mon dernier frère, son fils, les cousins de mon père, ses frère et soeur, ma mère, sa mère, son père, ses grand-parents...

Pas une seule photo de moi, ni de mon frère qui comme moi est homo...

Je n'ai jamais pu parler de cette situation avec mon père, mon géniteur, celui qui m'a fait et a fait mon frère comme nous le sommes !

Nous n'avons rien demandé. Quand on connaît la difficulté de vivre comme nous sommes, est-ce que nous aurions fait un choix aussi suicidaire ? Je ne crois pas !!

Mon frère est handicapé, je suis son tuteur, nous sommes les deux seuls survivants de cette famille, parents et autres frères ne sont plus là, et nous, nous restons là, amers avec cette pensée, ce rejet de ce père qui, finalement, ne nous a jamais acceptés !

L'hypocrisie, le non-dit, c'est terrible, surtout après tant d'amour donné unilatéralement !

Bonne journée Michèle,

Jj

Écrit par : Jj | jeudi, 27 septembre 2012

je ne reçois plus tes mails ?
je te souhaite bon courage pour ton hospitalisation !
bonne soiree
mamyours

Écrit par : mamyours | jeudi, 27 septembre 2012

Peut-être te faut-il te réinscrire, il est arrivé déjà que des adresses mail disparaissent.
Tente une réinscription, malheureusement un bug ne me permet pas de contrôler si tu y es.
Bonne journée,
Jj

Écrit par : Jj | jeudi, 27 septembre 2012

Difficile en effet d'oublier de tels souvenirs !
Et le cœur dans tous ça, quelle déchirure ...
Bises mon ami.

Écrit par : nettouenettoue | jeudi, 27 septembre 2012

Je viens de déplacer ton commentaire parce que tu n'avais pas posté au bon endroit !
Bisous
François,

Écrit par : Jj | jeudi, 27 septembre 2012

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